GESTION DE L’EAU : UNE LUTTE PERMANENTE

L'Oosterscheldekering (en néerlandais : Barrage de l'Escaut oriental) est le plus important ouvrage du Plan Delta. Sa longueur est de près de 9 kilomètres !

L'Oosterscheldekering (en néerlandais : Barrage de l'Escaut oriental) est l’ouvrage le plus important du Plan Delta. Sa longueur est de près de 9 kilomètres !

 

Faute d’être traversés par plusieurs grands fleuves, d’être situés au bord de la violente Mer du Nord et d’avoir une altitude qui ne dépasse pas ou peu le niveau de la mer, les Pays-Bas sont régulièrement touchés par des tempêtes et inondations. Les Néerlandais ont au fil du temps développé des compétences pour minimiser ces risques. La gestion de l'eau est devenue un secteur économique au rayonnement international et de fierté nationale.

 

Cet effort de prévention demande un mode de vie particulier connu sous le nom de « poldermodel » (« model des polders » en français). Il fait référence à la façon dont un polder, une étendue artificielle de terre gagnée sur l'eau entourée de digues, est géré : par la collaboration et le consensus. Ce mode de vie est supposément enraciné dans les mentalités néerlandaises et on peut le remarquer quotidiennement. Toutes les parties prenantes peuvent participer et s’exprimer et on ne prend qu’une décision s’il y a compromis.

Un effort de prévention qui mobilise de nombreux acteurs

 

De nos jours, c’est en grande partie l’État et son agence Rijkswaterstaat (« Gestion des eaux d’État » en français) qui gèrent cette prévention des risques avec les collectivités territoriales, des entreprises privées et les Conseil d'Administration de l'Eau dont certains existent depuis l’an 1122 !

Toutefois il a fallu de nombreux évènements tragiques et couteux en vies pour qu’un tel système se mette en place, le raz-de-marée en mer du Nord de 1953 étant encore source de traumatisme national. 1 836 personnes ont perdu leur vie entre le 31 janvier et 1er février 1953 et 200 000 hectares de terre ont été inondés, majoritairement dans la province de Zélande, à la suite d’une tempête qui a rompu les digues. Cette catastrophe a été l’élément déclencheur pour les fameux « Deltawerken » de Johan van Veen, nommés une des sept merveilles du monde moderne, le plus grand ouvrage de défense contre les eaux au monde.

Un secteur à forte valeur ajoutée

 

L’expertise que les néerlandais ont développée en matière de gestion des eaux est devenue un produit d’export à forte valeur ajoutée. La prévention est moins coûteuse que l’intervention en cas de catastrophe et les Pays-Bas sont l’un des rares pays à maintenir une telle politique. Ainsi, des entreprises comme Boskalis ou Van Oord sécurisent des contrats valorisés à des millions d’euros pour créer des terres nouvelles partout au monde comme le palmier à Dubaï en 2001 (€ 1,4 milliards), les polders à Singapour en 2018 (€ 400 millions) mais aussi des projets d’aide à la prévention des risques liés à l’eau comme pour la Nouvelle Orléans à la suite de l’ouragan Katrina en 2005 (€ 10 millions).  

Au cours de tels projets, des ressources de tous les secteurs sont mobilisés. Il faut penser au BTP pour l’aménagement d’infrastructures, la logistique pour l’acheminement et le transport de matériaux et constructions, l’énergie pour la mise en place d’énergies renouvelables et bien plus encore. Les secteurs mobilisés dépendront de l’objectif du projet. Par exemple si un polder est créé à des fins agricoles, le secteur agroalimentaire est naturellement sollicité.  

Une expertise française à exporter

 

Les français collaborent largement avec les Pays-Bas en ce qui concerne la gestion de l’eau. Des projets récurrents sont les réaménagements de ports et infrastructures maritimes. Il y a par exemple un approfondissement du port comme à Port-la-Nouvelle en Occitanie effectué par Boskalis en collaboration avec Bouygues Travaux Publics. Un bon exemple de coopération franco-néerlandaise dans ce domaine est l’entreprise SPIE qui gère un grand nombre de ponts et écluses aux Pays-Bas.

Si les néerlandais sont les champions inégalés de la gestion de l’eau, les français ont eux aussi leur expertise à apporter. Nous parlons ici du secteur de l’énergie, du BTP, de la Chimie entre autres. Ce sont des secteurs souvent complémentaires au secteur de la gestion de l’eau et c’est ici que les français apportent leur savoir-faire. Il y a par exemple un grand nombre de projets de construction de parcs éoliens en pleine mer en France. Tandis que les néerlandais construisent souvent les fondations, ce sont les français qui livrent et placent l’éolienne.

 

L’ensemble des chiffres présentés ci-dessous proviennent du CBS ou « Centraal Bureau voor de Statistiek », l’équivalent de l’INSEE aux Pays-Bas. Le CBS compile régulièrement des chiffres sur les performances économiques des « topsectoren » dans un rapport nommé le Top Sector Monitor fait pour le Ministère de l’Économie. Ce sont des chiffres du Top Sector Monitor 2018 du secteur de la gestion de l’eau.

 

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