Analyses & Etudes

Comment les méga-batteries aux Pays-Bas complètent et suppléent parfois le réseau électrique traditionnel ?

Aux Pays-Bas, le réseau électrique est saturé : un nombre croissant d’entreprises, voire de nouveaux logements, se voient refuser une connexion immédiate au réseau ou une augmentation de leur capacité. Comment le pays pallie-t-il cette saturation tout en poursuivant ses objectifs de décarbonation ? 

 

En utilisant des méga-batteries thermiques et électriques ainsi que des hub d’énergie communs, explorons trois solutions opérationnelles déjà déployées, et découvrons pourquoi ce secteur est prêt à accueillir des compétences françaises. 

Aux Pays-Bas, la transition énergétique se heurte à un obstacle inattendu : l’infrastructure électrique. En février 2026, TenneT a averti que le réseau des régions Flevoland, Gelderland et Utrecht avait atteint son plafond maximal. Conséquence : des milliers d’organisations peuvent désormais attendre plusieurs années pour obtenir une augmentation de capacité. Et depuis juillet 2026, même les petits consommateurs (particuliers et petites entreprises) risquent d’être placés sur liste d’attente. 

En réponse à ce phénomène de surcharge du réseau (« net congestion »), un écosystème d’alternatives émerge : stockage thermique, méga-batteries, centres énergétiques collaboratifs. Une tendance qui crée des opportunités pour les entreprises du secteur énergétique (constructeurs de batteries, sociétés d’ingénierie, éditeurs de logiciels) souhaitant se positionner sur un marché néerlandais en pleine structuration.


Voici trois exemples concrets de cette dynamique :

Exemple 1: L’hôpital Nij Smellinghe à Drachten

L’hôpital Nij Smellinghe, à Drachten, se prépare à devenir le premier hôpital des Pays-Bas entièrement déconnecté du gaz d’ici 2027 — soit trois ans avant l’objectif initial de 2030. La solution retenue ? Deux batteries thermiques de 300 tonnes chacune, conçues par la société Heatwacht (basée à Zwolle). 

L’énergie provient de 10 000 panneaux solaires installés sur le toit. Ceux-ci chauffent une huile thermique, dont la chaleur est transférée à un noyau de magnétite (un minerai de fer) capable de la conserver pendant plusieurs jours, voire semaines. Cette chaleur est ensuite convertie en vapeur pour répondre aux besoins essentiels de l’hôpital : stérilisation, pharmacie, cuisine, ou encore humidification de l’air. L’objectif ? Finaliser la dernière phase, souvent la plus complexe, de la décarbonation d’un bâtiment fonctionnant 24h/24. 

Exemple 2: La méga-batterie de Pure Energie en Flevoland

Le fournisseur d’énergie Pure Energie est en phase finale de construction d’une batterie électrique de 65 MWh, avec une puissance de 31,6 MW. Celle-ci est associée à trois de ses fermes éoliennes situées en Flevoland, et fait partie d’un ensemble de batteries capable de stocker 95 MW au total. 

Cet investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros devrait entrer en service avant la fin de l’année 2026. Son but ? Stocker l’énergie pour la restituer au moment opportun, le stockage devenant un levier clé face à la saturation du réseau. 
On parle ici de « curtailment » : il arrive que l’on réduise intentionnellement la production d’électricité, voire qu’on l’arrête, faute de capacité à la transporter jusqu’à l’utilisateur. Grâce à cette batterie, l’énergie produite peut désormais être conservée et redistribuée quand le besoin s’en fait sentir. 
Ce modèle s’appuie sur un premier projet pilote, analysé pendant plusieurs années sur le site de l’entreprise à Enschede. 

Exemple 3: La méga-batterie collaborative de Lingezegen Energy (Arnhem-Nijmegen)

Dans la zone d’Arnhem-Nijmegen, les besoins énergétiques combinés de l’horticulture sous serre, de l’industrie et des particuliers freinent les projets de développement économique et urbain. 
Lingezegen Energy, un fournisseur d’énergie, propose une solution collaborative : une méga-batterie de 15 MW qui stocke l’excédent d’énergie renouvelable et le restitue en cas de pénurie. 

Soutenu notamment par Oost NL (société d’investissement) et Rabobank, ce projet vise à démontrer comment le stockage d’énergie peut à la fois résoudre la congestion du réseau et stimuler l’économie locale.

Ces trois exemples illustrent une tendance de fond : les Pays-Bas misent sur des solutions innovantes et collaboratives pour surmonter les limites de leur réseau. Un terrain propice pour les expertises françaises en : 

  • Construction de batteries (thermiques/électriques)
  • Ingénierie énergétique
  • Logiciels de gestion intelligente de l’énergie
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